A Good ReadPensées

Qu’est-ce qu’une bonne fin ?

Qu’il s’agisse d’un film, d’une série ou même d’un livre, il existe une question que chaque auteur devrait se poser avant toute chose : Quelle sera la fin ?

Comment bien terminer un roman ? Qu’est-ce qu’une bonne fin ?

J.K. Rowling a écrit Harry Potter en démarrant avec une seule idée en tête : sa fin. Tout le reste a fait partie du processus de comment y arriver. Mais comment savoir si cette fin est la bonne, si elle sera efficace ? Si vous écrivez une série et que vous ignorez son sort au-delà de la première saison, la question est d’autant plus importante. De nos jours, les lois des médias et du commerces n’ont d’égales que celles d’un fast-food. Ça doit se manger vite et ne pas donner envie de tout rendre dans l’heure qui suit. Mais surtout, si ça peut avoir un arrière-goût d’y-reviens-y, c’est encore mieux.

Je n’ose même pas imaginer à quel point ça doit tournoyer dans la têtes des scénaristes de Game of Thrones. On ne peut pas leur enlever le fait qu’ils savent terminer un épisode, autant que leurs saisons. On appelle ça un Cliffhanger. Le plus intéressant et ouvert il est, le plus efficace il sera. Comment ses règles peuvent-elles s’appliquer à un roman ?

Ce sont les mêmes.

Vous écrivez un livre, un « stand-alone », la question ne se pose pas forcément car vous avez votre idée de fin, vous avez tout prévu depuis longtemps, un seul tome vous suffit, et vous passez au suivant. Qu’en est-il des serial-writers qui ont la vocation d’écrire des sagas (mot emprunté au Moyen-Âge scandinave), des duologies (deux tomes seulement comme les Piliers de la Terre) des trilogies (trois tomes comme The Hunger Games), des quadrilogies (quatre tomes comme U4), ou même plus (voir Harry Potter, Numéro Quatre, L’Épée de Vérité) ?

Le Stand-Alone

Vous avez votre idée, vous n’en démordrez pas, c’est comme ça, pas autrement. Vous avez l’idée pour un seul et unique livre. Celui de votre vie. Celui qui déterminera l’auteur que vous êtes ou bien le confirmera. Comment finir un livre comme celui-ci ? Bien ou mal n’est pas la véritable question, cela ne nous intéresse pas ici.

Pourquoi ?

Parce que parfois, terminer un livre sur une note très sombre a beaucoup plus d’impact que sur un happy end censé « contenter le lecteur ». Certes, vous voulez faire plaisir et réunir vos deux tourtereaux à la fin, mais vous ne préfèreriez pas quelque chose de plus original ? Votre fin doit être ce dont on se souviendra à jamais. Elle est la note finale, ce qui laissera l’arrière-goût dans la tête du lecteur. Autant pas se planter, pas vrai ?

Roman épistolaire « Lettres de l’intérieur » de John Marsden aux éditions Médium

Exemple : « Lettres de l’intérieur » de John Marsden. Le roman épistolaire raconte l’histoire de deux jeunes adolescentes que tout oppose. L’une vit une vie particulièrement banale avec son frère et ses parents, l’autre est dans une prison pour mineur pour un crime dont le lecteur ne saura jamais rien car ce n’est pas le but de l’histoire. Il s’agit d’une rédemption ou comment une vie peut en sauver une autre par la simple force des mots. Peu importe les kilomètres qui les séparaient. Les dernières pages sont une suite de lettres de la rebelle à la banale car cette dernière n’écrit plus ni ne répond. Celle-ci aurait même laissé entendre avoir des problèmes au cours de ses dernières missives. Alors ? Que lui est-il arrivé ? Nous ne saurons jamais et l’auteur ne s’est jamais exprimé à ce sujet. La fin est laissée à la totale suggestion du lecteur, à vous d’imaginer la fin, même si ce n’est pas exactement celle que l’auteur avait en tête. Est-ce une bonne fin ? Oui dans le sens où elle force le lecteur à réfléchir en faisant appel à son imagination. Non car elle demeure ouverte et n’obtiendra jamais de clôture. Ce dont tout être humain a besoin pour passer à autre chose. Il n’y a qu’à voir la fin de LOST. Vous en avez pensé quoi, vous ? Des années après, je sais toujours pas. Mais ça fait réfléchir.


La Saga

Il existe deux fins aux sagas. L’entre-deux-tomes et le Finale (mot masculin emprunté à la langue italienne pour désigner la fin ultime d’une performance)

L’entre-deux-tomes doit absolument et obligatoirement se terminer par un cliffhanger. Vous devez, quoiqu’il arrive, donner envie au lecteur de lire la suite, le rendre impatient. Prenez donc en compte, dans votre fin, de donner le ton de la suite autant au niveau moral que dans les péripéties. Parfois, il peut être intéressant, même de faire redescendre le lecteur sur terre en terminant sur une scène plutôt calme, lui faisant croire à un happy-end et de jouer avec lui dans un ascenseur émotionnel auquel il ne serait jamais attendu. Vos derniers mots doivent faire l’effet d’une bombe. Votre lecteur doit sentir son coeur se soulever. Pour ce faire, veillez à placer de discrets indices tout au long de votre histoire. Ces derniers mots lèveront le voile sur chacun d’entre eux comme une évidence. Non seulement l’impact sera fort, mais en prime, votre lecteur comprendra que vous maîtrisez parfaitement votre sujet et sera donc d’autant plus enclin à y revenir. Si votre histoire coule de source depuis la première page, vous passerez vite aux oubliettes.

Saga « Numéro Quatre » de Pittacus Lore, aux éditions J’ai Lu (2012-2017)

Exemple : « Le Destin de Dix » de Pittacus Lore. Les derniers mots indiquent la mort d’un personnage. une mort brutale, survenue en l’espace de quelques lignes, à laquelle on pouvait ne pas s’attendre. En seulement quelques mots, c’est toute la psychologie du héros – en temps de guerre – qui est marquée par un énorme point d’interrogation. Que va-t-il faire ? Comment va-t-il réagir ? Il y a les questions que va se poser le lecteur, mais il y a aussi l’annonce du tome suivant. En quelques mots, l’auteur donne un aperçu de ce qui se passera dans la suite, le tout renforcé par l’étude psychologique du personnage principal. Autrement dit : ça va être la guerre. Ça va bastonner. Va y avoir du sang, de la chique et du molar. Dans le cas d’une saga d’action et d’aventure, c’est tout ce qu’attend le lecteur.

Comme je le disais, les derniers mots d’une saga, le grand Finale doivent marquer le lecteur pour toujours. C’est la conclusion qu’il attend depuis des années, mais qu’il a toujours eu peur de voir venir. Les personnages d’une saga font facilement partie intégrante de la vie d’un lecteur. Aussi, il s’est imaginé ses propres histoires les mettant en scène et depuis, il a eu le temps d’imaginer la fin, celle qu’il veut lire, et à la fois, il est curieux de ce que l’auteur a imaginé. Parfois, la fin est une déception pour le lecteur et donne court à de nombreuses fan-fictions (Harry Potter, Hunger Games…). Le lecteur est un oiseau observateur, relativement intelligent qui ne demande qu’à être surpris. Vous n’avez pas le droit à l’erreur si vous voulez réussir et marquer le coup. Pour autant, gardez à l’esprit que votre fin ne sera jamais parfaite aux yeux de son lecteur, car il préfèrera toujours autre chose.

Exemple : « Tous pour Un » de Pittacus Lore. Malgré une fin mi-figue mi-raisin entre le happy-end et la dépression assurée, les derniers mots restent d’une forte puissance : « J’en ai fini avec les numéros. » Pour quelqu’un qui s’appelle Numéro Quatre, c’est une conclusion parfaite. Une conclusion, tout court qui n’appelle pas de suite. On imagine ce qu’il adviendra des personnages, bien que l’issue de certains soit particulièrement incertaine, mais en ce qui concerne le personnage principal, la fin est là. C’en est fini pour lui.


Le « Surprise du Chef »

Parfois, un livre a tant de succès (autant qu’un film ou une série), qu’il connaît une suite qui n’était pas prévue (comme Pirates des Caraïbes ou The Last of Us. Oui les jeux vidéos comptent aussi dans le processus d’écriture). C’est aussi possible pour un livre. Vous pensiez que c’était fini, et puis un jour, vous avez une révélation et replongez. Ça, ou les fans vous en demandent plus… Toujours plus. Il ne tient qu’à vous de décider. N’ayez jamais peur de « continuer ». Ne vous freinez pas. Si vous avez quelque chose à raconter, faites-le. C’est tout.


Un lecteur vit à travers vos personnages, mais aussi à travers vous. Vos mots, toutes les péripéties, l’auront transporté pendant de nombreuses pages, à travers de nombreux lieux du plus banal au plus insolite. Ne dit-on pas qu’il ne faut jamais interrompre un lecteur qui lit ? Vous avez créé tout un univers pendant un temps assez long. Votre fin sera la conclusion d’une ère, un retour violent à la réalité. Si je n’ai qu’un seul conseil à vous donner après tout ça :

Ne bâclez pas votre fin. Votre lecteur le saura. Il sent ces choses.

Mais quoiqu’il arrive, n’écrivez pas totalement en fonction du lecteur, ne perdez jamais de vue qu’il s’agit de votre histoire et que vous en connaissez l’issue depuis le début (ce que je vous conseille fortement pour ne pas perdre le fil. Une fin peut changer, évoluer, au cours de vos écrits, mais elle doit être toujours dans votre tête, d’une manière ou d’une autre). Ce sont vos personnages, votre fin est la seule issue possible qui existe.

Chaque mot compte.

PS : Tout ça marche autant pour un projet d’écriture, peu importe lequel, comme pour un mail, une lettre de motivation, un article de blog ou même un statut Facebook.

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