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Pourquoi faire mourir un personnage et lequel choisir ?

J’adore cette question. C’est une des principales, sinon la plus importante, émotions à procurer à votre lecteur : le haut-le-coeur. Pourquoi ? Parce qu’en plus d’être maso, un auteur est un gros sadique.

Pourquoi faire mourir un personnage et qui choisir ?

Tout d’abord, j’aimerais expliquer pourquoi je risque de n’utiliser que des exemples de romans pour adolescents et jeunes adultes, au détriment de lectures plus « adultes ». Ce n’est pas que je ne lis que ça, mais le genre fait beaucoup plus sensation de par son public, en majorité du à sa moyenne d’âge, particulièrement sensible et réceptif à ces impacts émotionnels. Un adulte intériorisera alors qu’un adolescent ressentira le besoin d’exorciser quelque chose qui l’a intimement scandalisé.

Règle NUMERO UNO

Ne tuez pas n’importe qui.

Ça peut sembler banal comme conseil, mais votre réelle victime, ce n’est pas votre personnage, c’est votre lecteur !

Dois-je tuer mon héros ? Et bien, c’est le cas dans plusieurs séries. Ici, je ne parlerai pas de Game of Thrones car c’est un peu légion, par conséquent, peu intéressant ici. À mon sens, une mort doit faire sensation, oui, mais avant tout, doit être unique et non pas perdue dans un « génocide médiatique ».

ROBIN HOOD diffusé sur la BBC de 2006 à 2009

Robin Hood (BBC 2006-2009). La fin ? Le héros meurt. Le téléspectateur a beau avoir été prévenu, il ne s’y attend pas parce que c’est une série de bons sentiments pour laquelle on attend surtout un happy-end. D’autant plus que c’était le Series Finale. Mais le héros avait quelque peu perdu sa raison de vivre en fin de saison 2. Et aucun héros n’est invincible.
Buffy, the Vampire Slayer (WB 1997-2003) Fin de Saison 5 : l’héroïne meurt. C’était également censé être un Series Finale. Mais à la demande des fans, Buffy a connu une suite. Même chose, les indices étaient là, surtout après la saison la plus sombre et la plus intense de la série, mais quand elle survient, on pensait encore à un possible happy-end. Qui n’arrivera finalement qu’à la fin de la saison 7. Mais, là encore, la série s’est poursuivie en comic books.

Bon, mais alors, une bonne mort dans un livre, c’est quoi ?

Hunger Games « Primrose » : la motivation du personnage principal. (et aussi Finnick, Rue…)
Numéro Quatre « Sarah » : le soutien moral du personnage principal (et aussi Numéro Huit, Mark, Henri…)
Harry Potter « Fred » : le personnage secondaire rigolo auquel on pense jamais, mais qui fait partie intégrante de l’histoire et qui aura sauvé une partie de la bataille (et aussi Snape, Dumbledore…)

Vaut-il mieux tuer un personnage secondaire et garder son héros ou l’inverse ? J’ai envie de dire, peu importe, du moment que sa mort sera remarquable et remarquée. Quel est le point commun entre les trois exemples ci-dessus ? Ces morts n’ont pas seulement ébranlé le personnage principal, elles ont aussi révolté les lecteurs. Attention, ne tombez pas non plus dans le piège de la sensation téléportée. Le but n’est pas de manipuler votre lecteur, mais de lui faire ressentir quelque chose que vous avez, vous, en tant qu’être humain, ressenti en écrivant. Les mêmes règles s’appliquent autant à une oeuvre visuelle que littéraire, ce ne sont que les moyens qui changent.

Je suis pour tuer son héros, car après tout, personne n’est immortel. Ne faites donc pas de votre personnage principal un increvable dieu héroïque sans égratignures. Au contraire, le rendre vulnérable ne lui apportera que plus d’humanité. Si vous y tenez trop, alors blessez-le au moins. Règle numéro quatre, cependant : n’en faites pas un martyr. Nous y reviendrons plus bas.

Quid des personnages secondaires ? Si vous souhaitez tuer un des personnages, peu importe lequel, assurez-vous que sa mort serve à quelque chose. Elle doit ébranler le héros et sa clique. Oui, un vrai héros n’est jamais seul, n’oubliez jamais ça non plus, un héros n’en est un que parce qu’il est élevé par rapport à d’autres, mais aussi parce qu’il est qui il est grâce à un entourage proche et stable. Cette mort doit également être porteuse d’un message fort qui parlera au lecteur, votre première audience : la force tranquille, le courage, la détermination, le sacrifice…

Prenons Buffy à nouveau en exemple. Une fois encore, Saison 5 bicoz… C’était un massacre. Je sais, ce n’est pas un livre, mais les livres ne doivent pas être votre seule source d’inspiration. On respire un bon coup et on plonge :

BUFFY, THE VAMPIRE SLAYER, diffusé sur la WB, UPN et la CW entre 1997 et 2003

Tara : personnage secondaire. – oui, saison 6, chut – Mort subite à la fin d’un épisode alors baigné de soleil. Une balle perdue la tue sur le coup, du sang éclaboussant le visage de Willow, se tenant alors devant elle. Un supposé happy-end qui vire au cauchemar. But : le choc.
Joyce : personnage pseudo secondaire. Mort prévisible, mais pas évidente, laissée à la suggestion jusqu’à ce que l’héroïne en prenne conscience. Je rappelle que Joyce avait été malade quelques épisodes plus tôt, mais que depuis, on la disait rétablie. Et puis, quand Buffy rentre chez elle, de plutôt bonne humeur avec son humour piquant caractéristique, on voit un corps en arrière-plan, flou. Cette technique est utilisée pour soustraire un sujet de son importance, afin d’en mettre un autre en valeur. Ici, on aurait pu supposer Buffy. Aussi, quand elle se retourne et voit le corps sans y croire au début, désinvolte, on pense comme elle : « Maman de Buffy, tu dors, debout, c’est l’heure de mes tartines beurrée avec du Nutella ! » Mais non. À noter que c’est le seul épisode sans aucune musique. Ils en ont fait la fin d’un épisode (Cliffhanger) et le début du suivant. But : la tension.
Buffy : le personnage principal. Buffy trouve l’éternelle paix en se sacrifiant du haut d’un édifice afin de sauver sa soeur. Fin d’épisode, fin de saison, initiale fin de série… Bref, une conclusion. But : la fin. 

Bon alors, c’est quoi le rapport, bordel ? Qui que vous souhaitiez tuer, l’important, c’est votre mise en scène. Elle doit avoir un but, elle doit servir votre histoire, vos personnages et apporter une émotion forte à votre lecteur. Il n’y a pas de secrets. Que des méthodes. Et pour ça, malheureusement, c’est propre à votre seul intellect émotionnel. Vous devrez faire appel à vos tripes et à ce qu’il y a de plus profond en vous. Comme je l’ai dit : un auteur est maso. Un lecteur vous ressent, il ne se contente pas de lire vos mots, il les absorbe et s’imagine les scènes dans sa tête. Si la mort d’un personnage le hante, c’est qu’elle l’a frappé en plein coeur, elle lui a parlé. Moralité : votre message a été délivré. Et c’est là tout ce qui compte.

Règle NUMÉRO DEUX

Ne soyez pas prévisibles.

Encore un conseil banal, mais si le lecteur le voit venir gros comme une maison, l’effet sera totalement raté.

Cedric Diggory dans HARRY POTTER & The Goblet of Fire 2005

L’effet de surprise restera toujours votre principal allié. Et si vous voulez vous montrer prévisible, alors faites en sorte que ce soit calculé. Le lecteur peut le sentir venir, mais il ne doit pas se dire que c’est catégorique. Il doit obligatoirement penser qu’il y a une autre solution. Et si vous distillez des indices quant à la mort de votre personnage, alors ne partez pas sur un happy-end. Restez cohérent. Pensez à induire aussi le lecteur en erreur. N’hésitez pas à le conduire sur une fausse piste. Vous pouvez lui faire croire que tout se terminera bien et lui procurer un choc inattendu.

Hannah, dans 13 Reasons Why : C’est le postulat de départ, l’héroïne, ou du moins le personnage principal, va mourir. Prévisible, donc. On veut surtout comprendre pourquoi. Par conséquent, l’accent sera mis sur la mise en scène.
Cedric dans Harry Potter : Pas prévisible, c’est le premier personnage que Harry n’arrive pas à sauver. Aucun indice n’a été clairement donné. La mise en scène est l’outil du choc, mais votre but sera un message.

 

Règle NUMÉRO TROIS

Lorsqu’un personnage est mort, il est mort. Point.

Par pitié, évitez les grandes scènes à sensation du style « Alors en fait, Arrow n’était pas mort, regarde, il revient, et il est en colère ! Pis sa meuf aussi ! »

-.-

Non.

Genre ces deux-là, euh… Non.
ARROW diffusé actuellement sur la CW

Si vous voulez que votre mort soit percutante et efficace, elle ne doit en aucun cas être remise en cause. Si toutefois votre personnage devait revenir, faites en sorte que des indices avant-coureurs aient été placés dans votre récit AVANT sa mort. Laissez entendre que tout ça est une manigance et que vous savez pertinemment ce que vous faites. Pour ce faire, ne montrez pas la mort directement, laissez-la entendre. Laissez une possibilité que le personnage ne soit PAS mort.

Si toutefois votre but était bel et bien de le tuer… Bah le ramenez pas. Oui, vous écrivez pour un public, certes, mais il ne doit pas non plus vous manipuler. Si votre lecteur réclame le retour d’un personnage, soyez ferme. Vous êtes le maître de votre histoire et personne ne doit l’écrire à votre place.

Je vais être honnête, les machins qui reviennent, pour moi ce n’est que de la propagande à la sensation, ça ne sert pas votre histoire, ça ne sert que donner un beafsteak à des chiens enragés qui vous terrifient. 

Règle NUMÉRO QUATRE

Votre personnage n’est pas un martyr dépressif.

Une série originale NETFLIX adaptée du besetseller éponyme. 2017

13 Reasons Why est l’antéchrist de la bonne mort à mes yeux. On fait de Hannah une martyr qui a piégé des gens aussi paumés qu’elle et les a portés responsables de son suicide. Par défaut, je suis quelqu’un qui rejette toute dépression ou, si je la traite, ce sera en surface. Pour moi, un personnage mis en avant doit faire preuve de force mentale et montrer l’exemple. Il ne se laisse pas abattre et se bat jusqu’au bout. Quand bien même il se trouve un jour vulnérable, mis à mal émotionnellement, il intériorisera, aura un passage à vide, mais n’en sortira que plus fort et déterminé à faire quelque chose de sa vie, à venir à bout de peu importe la problématique de votre histoire. La mort de votre personnage ne doit pas être causée par une faiblesse mentale.

Évitez les scènes larmoyantes, les « Oh mon dieu, j’ai tué Will » pendant tout le reste de votre histoire. Merci Tris pour cette illumination grotesque. Tris de Divergente, une autre martyr dépressive. Au moins, Suzanne Collins a su garder son personnage principal en vie. Certes, Katniss finit dans un sale état, candidate prioritaire à la dépression aggravée et une guérison semble très peu probable, mais elle est en vie. Et elle sourit. Bon, je ne suis pas fan de la fin hautement pessimiste, mais elle est vivante.

Très bien, alors comment éviter de créer un martyr indésiré ? C’est tout simple ! Votre personnage doit assumer ses actes. Il doit être objectif et réaliste, terre à terre et pragmatique. Il doit être capable au mieux d’y trouver un moteur, au pire de tout compartimenter afin de se protéger. Sa mort ne doit pas être le signe d’une faiblesse ou d’une rédemption, encore que le message soit fort. Mais sa mort doit rester cohérente et un lecteur intelligent sentira lorsque vous le mènerez en bateau. Vous ne voulez pas vous contenter de le téléguider vers les larmes, vous cherchez à lui dire quelque chose. Et lui dire :

« Ouin, t’as vu on a mal parlé au héros, on a loupé quelque chose, j’avais mes propres problèmes à gérer, je n’ai pas attention à elle, je suis désolé il va mourir, ouin. »

Non.

-.-‘ 

Prenez votre histoire en main. Ne vous épanchez pas, soyez intelligent.

Règle NUMÉRO CINQ

Les quotas causeront votre perte.

PAR TOUS LES SAINTS QUI EXISTENT EN CE MONDE, NE TUEZ PAS SYSTÉMATIQUEMENT VOS MINORITÉS !

« Ici, j’vais mettre un black. Il mourra le premier parce qu’il est kro fort et baraqué, mais il a rien dans la tête ! Chair à canon ! »

« Ah et là, un asiatique qui sera kro fort aux jeux vidéos et qui tapera kro vite au clavier. Il va mourir parce que sans lui, le héros sera dans la merde ! »

« Et ici. Une petite indienne. Kro belle. Tout le monde y pleurera ! »

STOP AUX IDÉES REÇUES !

Minho dans THE MAZE RUNNER 2015

Mélangez les genres. Sortez-vous les séries de la tête et pensez par vous-même. Trouvez l’originalité qui fera le choc. Dans la saga « The Maze Runner » de James Dashner, Minho manque d’y passer à chaque fois. Mais. Il résiste, ce qui fait de lui un des personnages les plus emblématique du genre. Bon, certes, le premier personnage important de l’histoire à mourir est un noir. Un leader, toussa… Le second est caucasien, le troisième aussi. Le quatrième est indien. Bon, on va pas tous les passer en revue, parfois, ce n’est pas un cliché que vous avez créé, c’est votre histoire qui est comme ça, point barre.

Et à contrario, ne prenez pas l’extrême opposé.

« Là, j’vais mettre un couple de lesbiennes. Et là, des gays. Ouais, parce que je suis trop un activiste ! Et puis, après je vais les tuer. Du moins, un seul. L’autre doit survivre pour les quotas ! »

Par tous les dieux ! Si votre personnage est gay, c’est qu’il EST gay, c’est qu’en vous-même, dans vos tripes, dans votre coeur, il EST gay. Ne le tuez pas pour ça. Et pire encore, ne le placez pas là juste parce que ça fait bien d’avoir des minorités, ça fait bonne pub ! N’en faites pas non plus un martyr à cause de ça, voir règle numéro quatre ! Et si l’un des deux doit mourrir, alors il tombera. Pas parce qu’il est gay, mais parce que c’est votre histoire qui le demande ! Ne faites pas passer la particularité d’un de vos personnages pour une raison de mourir. Son esprit, son caractère et ce qui fait qu’il est un être humain doit être mis en avant par rapport à ses préférences sexuelles et à ses origines génétiques ! Ne gardez pas non plus votre asiatique bicoz ça fait pas bien de tuer une minorité.

Alors quoi, bon sang, qu’est-ce que tu racontes ? Je dois tuer mais pas tuer, je fais quoi à la fin ?!

Suis ton instinct, petit auteur-padawan. Celui qui doit mourir… Mourra. Ne fais confiance qu’à ton instinct. 

Insertion d’une image mignonne afin de dédramatiser le sujet. Ici, Bébé Dory du Monde de Dory, Disney 2016

Tout ça est assez déprimant, mais la mort ne doit pas être traitée avec légèreté. Elle doit signifier quelque chose, elle doit venir du plus profond de votre âme. Avant de représenter quelque chose pour votre lecteur, elle doit représenter quelque chose pour vous. Intimement. Une fois encore, le lecteur est sensible, il le sentira. Très souvent, la mort d’un personnage est un hommage à quelqu’un, ou quelque chose. Votre mort doit inspirer, pas déprimer.

N’ayez pas peur de défrayer la chronique en tuant votre personnage principal car un lecteur pensera toujours – ou le plus souvent – que vous ne serez jamais capable de tuer un héros. Mais en vérité, vous l’êtes. Vous êtes juste manipulé par votre lecteur et ce qu’il attend de vous. Mais ce qu’il attend, ce n’est pas que vous rentriez dans les cases, que vous suiviez le rang. Il attend de vous que vous vous démarquiez et que vous le surpreniez. Alors, donnez-lui ce qu’il veut. Soyez authentique, soyez vous-même. Soyez franc, honnête et humble.

Vos personnages sont réels grâce à vous.

Chaque mort compte.

Ps : Vous n’êtes pas obligé de tuer un personnage. Vous pouvez tout simplement le mettre à la retraite !

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