Je vis à Paris, du moins en périphérie, mais je travaille dans Paris. Plus précisément, à 500m de l’un des monuments les plus grandioses : l’Arc de Triomphe. Celui-ci est placé au centre de la place Charles de Gaulle – Étoile, nommée après le Général qui a forgé une partie de notre histoire de France. La particularité de cette place, c’est qu’il s’agit en fait, d’un rond-point, reliant ainsi toutes les plus grosses artères de la capitale française. Autant dire qu’elle en impose. Plus particulier encore, côté routier, c’est un rond-point à plus de 5 voies. Ce matin, j’en ai compté 7, mais allez savoir combien de files de voitures peut contenir Étoile. Pour me rendre au travail, tous les jours, je prends la ligne de bus 92, celle qui part de l’immense Gare Montparnasse et qui traverse certains des plus beaux monuments de la ville : la place des Invalides, la Tour Eiffel, la Seine, l’Arc de Triomphe… Quand la météo est aussi clémente qu’aujourd’hui, c’est un véritable parcours visuel et d’introspection qui s’offre alors à moi.

Et tous les jours, lorsque le bus traverse Étoile, franchissant l’intégralité des files de voiture dans un sens, puis dans l’autre, pour rejoindre l’avenue de mon lieu de travail, je serre les fesses à en faire de l’huile à l’idée qu’une Smart, qu’une Ducati, qu’un Jumper, qu’un IrisBus ou alors tout simplement qu’une voiture de ville ne nous rentre dedans en oubliant de freiner, ou en grillant, de rage, une priorité… à droite. Mais chaque jour, lorsque je porte mes yeux sur ce monument immense, imposant le respect et aussi grandiose que le feu éternel qui brûle en son coeur, sous sa voute… Je l’associe à ma vie.

Je suis l’Arc de Triomphe et tout le monde tourne autour de moi jusqu’à trouver son avenue et la remonter, accompagné d’autres voitures, bus, cargos, ce que vous voulez. Toutes les personnes qui composent mon entourage, j’ai cette sensation, souvent inconfortable et néanmoins rassurante dans une certaine mesure, qu’ils sont de passage, qu’ils me regardent avec intérêt, fascination, curiosité, ou même indifférence, voire rejet. Certains disparaissent dans l’avenue, d’autres s’attardent car c’est tout de même un très gros rond-point et qu’il y a de la distance à parcourir même en restant sur la file de droite, et puis il y a les autres, beaucoup moins nombreux, sur la file de gauche, qui n’ont pas encore entamé leur déportation sur la droite. Je ne suis pas égocentrique, je ne proclame pas que le monde tourne autour de moi, je pense que nous sommes tous, à un niveau qui nous est propre, un Arc de Triomphe autour duquel gravite notre entourage commun à tous.

La différence est que j’ai peut-être l’ambition de m’élever et de dire, montrer, faire connaître des choses, je suis comme un pilier de fondation, bien ancrée au sol, sans bouger et ce, sur le très long terme. Certains dirons que je suis campée sur ma position et c’est exactement ce que c’est. Je suis là et je ne bougerai pas. Pourtant, les autres, eux, bougent. Mais c’est mon choix, c’est ce que je veux. C’est ainsi que je suis aujourd’hui.

Mariages, divorces, amours, déceptions, bébés, pas bébé, avortements, succès, décès, orphelinat, abandons, tromperies, fausses couches, adoptions… Je n’ai pas moi-même vécu un seul de ces événements, chanceuse que je demeure aujourd’hui, mais une personne au moins dans mon entourage a connu une, voire plusieurs, de ces situations. Qu’il s’agisse de joie, de peine, de tristesse, de peur, je me suis abreuvée de ce que j’ai vu, de ce dont j’ai été témoin, de ce qui a provoqué un changement chez untel ou unetelle. Je suis depuis toujours fascinée par le comportement humain et de nature empathe, je me retrouve à souvent analyser ce que je vois… Et ce que je ressens. Qu’ils apprécient ou non, certains ont déjà avoué que c’était un domaine dans lequel j’étais plutôt douée.

Tout ce que j’apprends, toutes les leçons que je retiens sont une source d’inspiration pour mes écrits mais aussi mes personnages. Ceux-ci ne reproduisent pas ce que j’ai vécu, mais ce que les autres autour de moi ont connu et ce qu’ils ont traversé. Ainsi, c’est mon empathie qui est exprimée grâce à la fiction, en plus de dire ce que j’ai vécu avec certaines personnes importantes dans ma vie et de transmettre un héritage qui m’est cher. Voilà ce que j’écris pour Lux, voilà comment j’écris mes chroniques de Lux.

Je voulais au départ raconter une simple histoire, mais avec un message, ma propre vision du monde. Et puis un jour, quelqu’un m’a dit « I Lovecraft you », et j’ai compris que cette chronique, la première, était en réalité pour lui. Parce que je voulais me surpasser, parce que je savais que grâce à lui, je serais jugée pour ce que je suis totalement et ce dont je suis réellement capable, objectivement parlant. Il m’a convaincue, aidée, soutenue et si un jour je suis publiée, son nom précédera la page du titre « The Lux Chronicles » avant son premier chapitre « Left Behind ». C’est également son nom que j’ai donné à l’un de mes personnages qui n’avait jusque là qu’un surnom. Personnage, une femme, que j’ai hâte de lui faire rencontrer. Sans lui, il n’y aurait jamais eu de suite. Et celle-ci s’est imposée comme un hommage, un remerciement. J’ai grandi dans une famille de militaires et d’anciens combattants de la Seconde Guerre Mondiale. Ma mère a été légionnaire en Allemagne, mais aussi au Liban, et mes cousins ont fait la Côte d’Ivoire à une époque peu flatteuse, autant dire que l’armée tient une place prépondérante dans mon éducation et dans ma vie en général. J’ai moi-même vécu en Afrique. Ma deuxième chronique, je la dois à ma mère, c’est un remerciement pour sa force, son optimisme et toute la foi qu’elle m’a enseignée tout au long de ma vie. J’ai tant hâte de vous faire découvrir la prochaine, une qui restera parmi les plus importantes et les plus fortes que j’ai écrites depuis dix ans. Ma philosophie aujourd’hui est celle qu’on m’a offerte et celle que j’essaye de communiquer à ceux qui prennent le temps d’ouvrir une oreille.

Ainsi, chacune de mes chroniques sera intimement liée à une, deux, trois ou même un groupe entier de personnes, qu’ils s’y retrouvent ou non. J’écris pour moi. Grâce à vous. Mon Arc de Triomphe, c’est vous.

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« I did not tell half of what I saw, for I knew I would not be believed. »
– Marco Polo, sur son lit de mort (9 janvier 1324)