Les Versants du Bout du Monde

Aloha, bonne année à tous et pleins de livres sur vos étagères !

Pour bien commencer 2018, je voudrais vous présenter une autre histoire improvisée avec mon amie Claire. Parce que l’écriture de Lux et la traduction de Tomorrow sont très prenants et fastidieux, j’ai parfois besoin de respirer et de faire une pause pour mieux y revenir.

Deux mondes à équidistance dans le temps mais sans égal, séparés par un seul événement qui aura bouleversé la planète telle que nous la connaissons.

Le principe est le même que le Cadavre Exquis à la différence qu’ici, nous nous sommes mises d’accord sur un fil rouge avant de commencer. Nous avons chacune des idées, mais nous les adapterons en fonction de l’autre et de l’avancée du récit, sans nous concerter au préalable. Néanmoins, tout peut changer au détour d’un chapitre car le but ultime de cet exercice est toujours de surprendre et de se laisser surprendre. Construire une histoire simple, dynamisée par l’interaction entre deux esprits totalement différents, nous permettra de donner libre court à notre imagination sans que celle-ci soit mise à mal par des pré-requis ou des objectifs bien particuliers.

Pour les Versants, je me suis personnellement inspirée des jeux de Blizzard « World of Warcraft », de Guerilla « Horizon, Zero Dawn » et « The Frozen Wilds », mais aussi de la série « The 100 » et du film « Prince of Persia ». Un mélange un peu farfelus entre le primal et le survival, en conservant encore et toujours une ancre dans notre monde réel.

Je vous laisse découvrir dès maintenant le premier chapitre !

Première ou troisième personne, quelle narration choisir ?

Vous avez votre idée, vos personnages commencent à prendre forme, vous êtes prêt à affronter l’effroyable page blanche… Et tout à coup, un doute vous êtes pris au dépourvu par un doute horrible : 

Première ou troisième personne, quelle narration choisir ?

En vérité, il s’agit moins d’un style à choisir que d’un style qui s’impose à vous, et plus directement, qui est imposé par votre/vos personnage(s). Essayons d’analyser un peu comment rendent chacune de ces narrations afin de vous aider au mieux à rendre votre histoire telle que vous l’imaginez. Au passage, nous verrons quel temps adopter. Sachez qu’il existe une autre forme de narration, le « tu », mais il est suffisamment rare pour que je décide de ne pas le traiter ici. Cependant, oui, ça existe, notamment pour traiter les personnages un peu décalés.

La troisième personne

L’intrigue avant tout

Si la troisième personne existe aussi au présent, elle est clairement moins fréquente. Ce temps a été préféré durant une période, notamment dans les années 90, premiers balbutiements de la littérature pour jeunes adultes telle qu’on la connaît aujourd’hui, et s’est effacée petit à petit au profit de la première personne. J’ai donc décidé de ne traiter que le passé, plus précisément, le passé simple, le temps le plus approprié pour le style de troisième personne.

« La Pierre noire », tome 2 de la trilogie « L’Âme du Temple » de Robyn Young, aux éditions POCKET.

Exemple : « Will fixait Rose. […] Sa voix était glaciale, dénuée de la moindre émotion. Lui-même se sentait tout vide. Un mur s’était dressé entre son coeur et lui. […] Garin hocha la tête pour appuyer ses propos en voyant que cette révélation stupéfiait Will, qu’elle lui faisait mal. […] Garin se renfrogna et observa l’eau qui jouait à ses pieds. »

– Robyn Young « La Pierre noire »

La première caractéristique de ce style est l’omniscience. Ainsi, l’auteur peut aller et venir entre plusieurs personnages sans gâcher sa cohérence. Par exemple, il peut traiter autant sur le « gentil » que sur le « méchant », donnant deux visions bien distinctes à son lecteur. Celui-ci peut, de cette manière, se forger sa propre opinion quant aux intentions des personnages et à la possible issue du roman.

Exemple : Richard lui laissa la chandelle. Sa soeur et lui se dirigèrent vers la porte. Sur le seuil, Aliena se retourna. Dans la lumière incertaine, le visage décharné du vieil homme était figé dans une expression de calme détermination qu’elle connaissait bien. Elle le fixa jusqu’au moment où les larmes obscurcirent sa vision. Puis elle se détourna, traversa le hall de la prison et déboucha à l’air libre.

– Ken Follett « Les Piliers de la Terre »

La deuxième caractéristique est qu’il n’est pas limité ni par le temps ni par l’espace. Il peut de ce fait deviner les pensées les plus profondes de tous ses sujets. Dans un même chapitre, il peut jouer sur les émotions de deux ennemis et même partager les sentiments de deux amoureux. 

La troisième caractéristique est que, ainsi, vous êtes seul maître de ce que le lecteur sait. Il est beaucoup plus simple, à la troisième personne, de distiller des indices comme des silhouettes, des formes sombres, des personnages sans visage, une main qui dépose un courrier louche… Le tout, au détriment du héros, celui-ci ignorant totalement vos propres intentions.

La troisième personne creuse une certaine distance entre l’auteur et le lecteur. Vous racontez votre histoire, traitez de toutes les émotions de vos personnages en permettant ainsi une lecture qui appellera moins au jugement personnel, contrairement à la première personne qui amènera plus le lecteur à suivre l’opinion de son héros et donc à le défendre, alors qu’il ne possède pas toutes les cartes en main.

 

La première personne

L’introspection empathique

Avant toute chose, la première personne, peu importe le temps employé, est bien plus efficace sur des lecteurs au caractère empathe, capable de transposer la psychologie d’un personnage sur leur propre quotidien. D’où son principal succès auprès des plus jeunes en quête de modèle à suivre.

LE PRÉSENT

La première personne au présent est le grand gagnant de la littérature pour jeunes adultes, tandis que le passé simple reste plus « vieux-jeu » et adulte. On le retrouvera finalement assez rarement dans les romans jeunesse du 21e siècle. Pourquoi ce style a autant de succès ?

D’abord, parce qu’il est répandu. Les jeunes ont tendance à reproduire ce qu’ils aiment et à s’en servir comme modèle. Mais, alors, qu’est-ce que cela procure ?

« Koridwen » de la quadrilogie U4 aux éditions Nathan.

Exemple : Nous reprenons la route un peu plus tard. Je laisse le volant à Marek et me serre près de Max. J’en profite pour observer l’horizon avec les jumelles. Il faut que nous ayons le temps d’anticiper les problèmes. À partir d’Égly, on a l’impression d’entrer dans une immense zone urbaine car les villes sont toutes collées les unes aux autres. Je concentre mon attention sur les bâtiments, à la recherche de personnes vivantes qui pourraient s’en prendre à nous. Soudain, un choc sur le capot du tracteur nous fait sursauter. D’instinct, nous baissons tous les trois la tête. marek comprend avant nous ce qui se passe.

– Yves Grevet « Koridwen »

C’est la forme la plus répandue dans la littérature à la première personne car elle est la plus fluide et la plus simple. Le présent permet une action plus intense. Vous êtes plongé dans l’univers du héros, quelque part prisonnier de son propre destin. La lecture est efficace, assez rapide et se focalise moins sur les souvenirs. Ce qui forgera donc mieux le personnage est l’action qu’il vit à un l’instant narré. D’une certaine manière, vous forgez l’expérience du personnage parallèlement à celle du lecteur. Cette méthode est particulièrement usée dans la littérature jeunesse car les adolescents sont bien plus sensibles aux exemples. Ils s’identifieront d’autant plus aux personnages et chercherons à honorer la morale en imitant les stratégies du héros et, encore plus, les méthodes de survie. Le personnage principal sera comme une voix off dans leur esprit, permettant une image bien plus précise des scènes dans leurs têtes. Vous l’ancrez ainsi pleinement dans l’action présente, ne donnant aucune échappatoire à votre lecteur. Ce dernier peut d’autant mieux s’identifier au personnage car il suit son chemin de pensée à l’instant T et il vit ses péripéties synchronisées avec le héros. L’intensité n’en est que plus exacerbée. Le lecteur est immergé complètement dans le récit, ce qui le rend encore plus vivant.

C’est d’autant plus efficace si, comme Marie Lu ou Pittacus Lore, vous gérez la narration de plusieurs personnages à la fois. C’est une forme de substitution à la troisième personne du présent. Vous couvrez ainsi plus de terrain, tout en traitant en profondeur votre sujet. Vous suivez deux héros en simultané ou presque, donnant donc plus d’éléments sur l’histoire, offrant un éventail de possibilités plus ouvert. Et pendant ce temps, le présent continue son office d’introspection.

Toutefois, la première personne du présent est parfois utilisée pour la narration d’une action révolue. Le plus souvent, cette forme est orale et beaucoup moins narrative. Elle est également plus familière.

LE PASSÉ SIMPLE

« L’invasion », premier tome de la série Animorphs, parue chez Folio Junior dans les années 90. J’ai choisi les éditions Fundamento parce que, très clairement, ce sont les couvertures les moins pires !

Vous savez quoi ? J’ai eu du mal à trouver un exemple concret parmi mes lectures. La littérature classique est à la troisième personne du passé et celle pour jeunes adultes est plus souvent à la première personne du présent qu’autre chose. Dans mes étagères, j’ai trouvé les romans de Cade Merrill sur la Sorcière de Blair, la saga des Animorphs et celle de Tomorrow de John Marsden.

Exemple : À ce moment-là, il se produisit une chose étrange. Je regardais Tom, qui me souriait. Tout à coup, son visage fut pris d’une sorte de tic. Sa tête se mit à tressauter comme s’il essayait de la secouer sans parvenir à faire de vrais signes de dénégation. Pendant une fraction de seconde, ses yeux exprimèrent… de la peur, ou autre chose. Il me fixait, et on aurait dit que quelqu’un d’autre, quelqu’un d’effrayé, regardait par les mêmes yeux. Et puis, il redevint normal. Ou ce qui paraissait être normal.

– K.A. Applegate « L’Invasion »

Si, à l’oral, vous n’emploieriez jamais le passé simple pour raconter votre journée, dans la narration, c’est un peu un héritage de nos pairs. Cette forme est beaucoup plus classique et se retrouvera donc dans des romans plus anciens. La méthode est pourtant la même qu’au présent. Le passé simple permet une immersion dans l’univers du narrateur, mais elle possède également une certaine distance rappelant celle de la troisième personne. C’est une narration en deux temps qui provoque un attachement au héros, mais un plongeon dans l’univers moins violent, de par une action bel et bien révolue.

« Je » étant plus facilement employé pour la jeunesse et le passé simple pour la littérature classique, une combinaison des deux reste finalement assez rare de nos jours.

LE PASSÉ COMPOSÉ

Plus rare encore, le passé composé s’emploie plus dans un cadre épistolaire, voire de témoignage. 

Tome 1 de la saga « Demain, quand la guerre a commencé » de John Marsden aux éditions Hachette Back Moon

Exemple : Il s’est écoulé seulement une demi-heure depuis que quelqu’un, je crois que c’était Robyn, a suggéré que nous consignions par écrit toute cette histoire, et vingt-neuf minutes depuis que j’ai été choisie pour cette tâche. Et durant ces vingt-neuf minutes, j’ai fixé une page blanche, tandis que, massés autour de moi, les autres me braillaient dans les oreilles leurs idées et leurs conseils. Faites-moi de l’air, ou je n’y arriverai jamais. J’ignore totalement par où commencer, et je n’arrive pas à me concentrer avec tout ce boucan.
[…]
Pour être franche, je n’écris ces lignes sur le torrent que pour éviter de faire ce que j’ai à faire, comme Chris quand il cherche un moyen de couper aux corvées. Vous voyez, je ne cache rien. Je les ai prévenus.
[…]
Bon, il est temps de s’y mettre.
Tout a commencé quant… Ils sont drôles, ces mots.

– John Marsden « Demain, quand la guerre a commencé »

Comme le montre l’exemple, il permet ainsi d’utiliser, finalement, tous les temps. C’est une autre forme de substitution à la troisième personne. De cette manière, vous restez proche du narrateur et en même temps, vous possédez une vue d’ensemble car vous vous placez dans un futur au sein duquel l’action racontée est déjà révolue. C’est une réaction à froid, plus objective et qui permet, en prime, de couvrir plus de terrain en ne traitant pas que d’un seul personnage.

De cette manière, l’auteur parle au lecteur, par le biais du narrateur. Il peut donc employer une forme familière dans son language car son récit est en fait un dialogue oral, comme s’il racontait lui-même son histoire directement au lecteur. Il y a une forme de rapprochement et d’intimité, pouvant autant freiner que renforcer l’omniscience, selon ce que vous cherchez à faire. Soit le héros parle uniquement de ce qu’il sait car il a eu le temps, depuis, de faire la part des choses, soit il ne s’en tient qu’à sa version, rendant obscure n’importe laquelle autre, par exemple, un interrogatoire.

La combinaison des deux

Heroes & Villains

Tome 1 de la saga de Phobos par Victor Dixen aux éditions Robert Laffont.

Ce n’est pas le plus fréquent, mais ça existe également. L’exemple ci-dessous est à la fois à la première personne du présent pour les champs et à la troisième personne du présent pour les contrechamps.

Exemple : CHAPITRE 9. CHAMP 
D + 7 H 28 MIN [1ÈRE SEMAINE]
[…] Cela fait plus de sept heures que nous sommes moulées dans le creux de nos sièges, casques enfoncés sur la tête, poitrines écrasées par les ceintures de sécurité. […]

CHAPITRE 10. CONTRECHAMP
SALLE DE CONTRÔLE, BASE DE CAP CANAVERAL
DIMANCHE 2 JUILLET, 21 H 15
[…] Elle repose sa coupe sans même y avoir trempé ses lèvres, et fait signe au directeur technique et aux cinq instructeurs de se rapprocher d’elle pour échapper à l’attention des ingénieurs qui continuent de trinquer dans la salle de contrôle dans une ambiance de kermesse.

– Victor Dixen « Phobos »

Ici, Dixen permet aux lecteurs de suivre deux vitesses, mais surtout, une intrigue inconnue de l’héroïne que manigance le grand méchant loup de son histoire. De cette manière, son lecteur sait ce qui se trame et ne peut que subir les événements avec les personnages, sans pouvoir réfléchir avec eux ni les avertir du danger. C’est un parti pris. Vous enlevez toutefois la surprise principale qui fait tout son charme, quand bien même, tout le monde sait que le voyage initiatique d’un héros est semé d’embuches. Tout le monde sait que pour être un héros, il lui faut un méchant ennemi.

Par cette méthode, il y a également une volonté de prise à partie. Le héros ignorant ce qui l’attend, cela augmentera l’empathie du lecteur pour le personnage.

 

Moi, ce que je préfère, c’est utiliser un peu toutes les méthodes, afin de couvrir le plus de terrain. Je m’adapte en fonction de ce que je veux mettre plus en avant : le personnage ou l’intrigue. Parfois, j’aime aussi jouer les dieux omniscients pour insérer des petits détails que le héros ne voit pas et donner des indices au lecteur, sans pour autant lui livrer la fin sur un plateau.

Tout ça pour dire que votre narration sera plus une affaire de psychologie que de technique. Alors, quel sera votre style ?

Chaque action compte.

Ps : Si si, le « tu » existe, je vous jure ! « Les livres dont vous êtes le héros », par exemple. Pour les curieux, je vous invite à lire un article de Marie-Adrienne Carrara, un modèle dans le domaine de l’écriture.

Pourquoi faire mourir un personnage et lequel choisir ?

J’adore cette question. C’est une des principales, sinon la plus importante, émotions à procurer à votre lecteur : le haut-le-coeur. Pourquoi ? Parce qu’en plus d’être maso, un auteur est un gros sadique.

Pourquoi faire mourir un personnage et qui choisir ?

Tout d’abord, j’aimerais expliquer pourquoi je risque de n’utiliser que des exemples de romans pour adolescents et jeunes adultes, au détriment de lectures plus « adultes ». Ce n’est pas que je ne lis que ça, mais le genre fait beaucoup plus sensation de par son public, en majorité du à sa moyenne d’âge, particulièrement sensible et réceptif à ces impacts émotionnels. Un adulte intériorisera alors qu’un adolescent ressentira le besoin d’exorciser quelque chose qui l’a intimement scandalisé.

Règle NUMERO UNO

Ne tuez pas n’importe qui.

Ça peut sembler banal comme conseil, mais votre réelle victime, ce n’est pas votre personnage, c’est votre lecteur !

Dois-je tuer mon héros ? Et bien, c’est le cas dans plusieurs séries. Ici, je ne parlerai pas de Game of Thrones car c’est un peu légion, par conséquent, peu intéressant ici. À mon sens, une mort doit faire sensation, oui, mais avant tout, doit être unique et non pas perdue dans un « génocide médiatique ».

ROBIN HOOD diffusé sur la BBC de 2006 à 2009

Robin Hood (BBC 2006-2009). La fin ? Le héros meurt. Le téléspectateur a beau avoir été prévenu, il ne s’y attend pas parce que c’est une série de bons sentiments pour laquelle on attend surtout un happy-end. D’autant plus que c’était le Series Finale. Mais le héros avait quelque peu perdu sa raison de vivre en fin de saison 2. Et aucun héros n’est invincible.
Buffy, the Vampire Slayer (WB 1997-2003) Fin de Saison 5 : l’héroïne meurt. C’était également censé être un Series Finale. Mais à la demande des fans, Buffy a connu une suite. Même chose, les indices étaient là, surtout après la saison la plus sombre et la plus intense de la série, mais quand elle survient, on pensait encore à un possible happy-end. Qui n’arrivera finalement qu’à la fin de la saison 7. Mais, là encore, la série s’est poursuivie en comic books.

Bon, mais alors, une bonne mort dans un livre, c’est quoi ?

Hunger Games « Primrose » : la motivation du personnage principal. (et aussi Finnick, Rue…)
Numéro Quatre « Sarah » : le soutien moral du personnage principal (et aussi Numéro Huit, Mark, Henri…)
Harry Potter « Fred » : le personnage secondaire rigolo auquel on pense jamais, mais qui fait partie intégrante de l’histoire et qui aura sauvé une partie de la bataille (et aussi Snape, Dumbledore…)

Vaut-il mieux tuer un personnage secondaire et garder son héros ou l’inverse ? J’ai envie de dire, peu importe, du moment que sa mort sera remarquable et remarquée. Quel est le point commun entre les trois exemples ci-dessus ? Ces morts n’ont pas seulement ébranlé le personnage principal, elles ont aussi révolté les lecteurs. Attention, ne tombez pas non plus dans le piège de la sensation téléportée. Le but n’est pas de manipuler votre lecteur, mais de lui faire ressentir quelque chose que vous avez, vous, en tant qu’être humain, ressenti en écrivant. Les mêmes règles s’appliquent autant à une oeuvre visuelle que littéraire, ce ne sont que les moyens qui changent.

Je suis pour tuer son héros, car après tout, personne n’est immortel. Ne faites donc pas de votre personnage principal un increvable dieu héroïque sans égratignures. Au contraire, le rendre vulnérable ne lui apportera que plus d’humanité. Si vous y tenez trop, alors blessez-le au moins. Règle numéro quatre, cependant : n’en faites pas un martyr. Nous y reviendrons plus bas.

Quid des personnages secondaires ? Si vous souhaitez tuer un des personnages, peu importe lequel, assurez-vous que sa mort serve à quelque chose. Elle doit ébranler le héros et sa clique. Oui, un vrai héros n’est jamais seul, n’oubliez jamais ça non plus, un héros n’en est un que parce qu’il est élevé par rapport à d’autres, mais aussi parce qu’il est qui il est grâce à un entourage proche et stable. Cette mort doit également être porteuse d’un message fort qui parlera au lecteur, votre première audience : la force tranquille, le courage, la détermination, le sacrifice…

Prenons Buffy à nouveau en exemple. Une fois encore, Saison 5 bicoz… C’était un massacre. Je sais, ce n’est pas un livre, mais les livres ne doivent pas être votre seule source d’inspiration. On respire un bon coup et on plonge :

BUFFY, THE VAMPIRE SLAYER, diffusé sur la WB, UPN et la CW entre 1997 et 2003

Tara : personnage secondaire. – oui, saison 6, chut – Mort subite à la fin d’un épisode alors baigné de soleil. Une balle perdue la tue sur le coup, du sang éclaboussant le visage de Willow, se tenant alors devant elle. Un supposé happy-end qui vire au cauchemar. But : le choc.
Joyce : personnage pseudo secondaire. Mort prévisible, mais pas évidente, laissée à la suggestion jusqu’à ce que l’héroïne en prenne conscience. Je rappelle que Joyce avait été malade quelques épisodes plus tôt, mais que depuis, on la disait rétablie. Et puis, quand Buffy rentre chez elle, de plutôt bonne humeur avec son humour piquant caractéristique, on voit un corps en arrière-plan, flou. Cette technique est utilisée pour soustraire un sujet de son importance, afin d’en mettre un autre en valeur. Ici, on aurait pu supposer Buffy. Aussi, quand elle se retourne et voit le corps sans y croire au début, désinvolte, on pense comme elle : « Maman de Buffy, tu dors, debout, c’est l’heure de mes tartines beurrée avec du Nutella ! » Mais non. À noter que c’est le seul épisode sans aucune musique. Ils en ont fait la fin d’un épisode (Cliffhanger) et le début du suivant. But : la tension.
Buffy : le personnage principal. Buffy trouve l’éternelle paix en se sacrifiant du haut d’un édifice afin de sauver sa soeur. Fin d’épisode, fin de saison, initiale fin de série… Bref, une conclusion. But : la fin. 

Bon alors, c’est quoi le rapport, bordel ? Qui que vous souhaitiez tuer, l’important, c’est votre mise en scène. Elle doit avoir un but, elle doit servir votre histoire, vos personnages et apporter une émotion forte à votre lecteur. Il n’y a pas de secrets. Que des méthodes. Et pour ça, malheureusement, c’est propre à votre seul intellect émotionnel. Vous devrez faire appel à vos tripes et à ce qu’il y a de plus profond en vous. Comme je l’ai dit : un auteur est maso. Un lecteur vous ressent, il ne se contente pas de lire vos mots, il les absorbe et s’imagine les scènes dans sa tête. Si la mort d’un personnage le hante, c’est qu’elle l’a frappé en plein coeur, elle lui a parlé. Moralité : votre message a été délivré. Et c’est là tout ce qui compte.

Règle NUMÉRO DEUX

Ne soyez pas prévisibles.

Encore un conseil banal, mais si le lecteur le voit venir gros comme une maison, l’effet sera totalement raté.

Cedric Diggory dans HARRY POTTER & The Goblet of Fire 2005

L’effet de surprise restera toujours votre principal allié. Et si vous voulez vous montrer prévisible, alors faites en sorte que ce soit calculé. Le lecteur peut le sentir venir, mais il ne doit pas se dire que c’est catégorique. Il doit obligatoirement penser qu’il y a une autre solution. Et si vous distillez des indices quant à la mort de votre personnage, alors ne partez pas sur un happy-end. Restez cohérent. Pensez à induire aussi le lecteur en erreur. N’hésitez pas à le conduire sur une fausse piste. Vous pouvez lui faire croire que tout se terminera bien et lui procurer un choc inattendu.

Hannah, dans 13 Reasons Why : C’est le postulat de départ, l’héroïne, ou du moins le personnage principal, va mourir. Prévisible, donc. On veut surtout comprendre pourquoi. Par conséquent, l’accent sera mis sur la mise en scène.
Cedric dans Harry Potter : Pas prévisible, c’est le premier personnage que Harry n’arrive pas à sauver. Aucun indice n’a été clairement donné. La mise en scène est l’outil du choc, mais votre but sera un message.

 

Règle NUMÉRO TROIS

Lorsqu’un personnage est mort, il est mort. Point.

Par pitié, évitez les grandes scènes à sensation du style « Alors en fait, Arrow n’était pas mort, regarde, il revient, et il est en colère ! Pis sa meuf aussi ! »

-.-

Non.

Genre ces deux-là, euh… Non.
ARROW diffusé actuellement sur la CW

Si vous voulez que votre mort soit percutante et efficace, elle ne doit en aucun cas être remise en cause. Si toutefois votre personnage devait revenir, faites en sorte que des indices avant-coureurs aient été placés dans votre récit AVANT sa mort. Laissez entendre que tout ça est une manigance et que vous savez pertinemment ce que vous faites. Pour ce faire, ne montrez pas la mort directement, laissez-la entendre. Laissez une possibilité que le personnage ne soit PAS mort.

Si toutefois votre but était bel et bien de le tuer… Bah le ramenez pas. Oui, vous écrivez pour un public, certes, mais il ne doit pas non plus vous manipuler. Si votre lecteur réclame le retour d’un personnage, soyez ferme. Vous êtes le maître de votre histoire et personne ne doit l’écrire à votre place.

Je vais être honnête, les machins qui reviennent, pour moi ce n’est que de la propagande à la sensation, ça ne sert pas votre histoire, ça ne sert que donner un beafsteak à des chiens enragés qui vous terrifient. 

Règle NUMÉRO QUATRE

Votre personnage n’est pas un martyr dépressif.

Une série originale NETFLIX adaptée du besetseller éponyme. 2017

13 Reasons Why est l’antéchrist de la bonne mort à mes yeux. On fait de Hannah une martyr qui a piégé des gens aussi paumés qu’elle et les a portés responsables de son suicide. Par défaut, je suis quelqu’un qui rejette toute dépression ou, si je la traite, ce sera en surface. Pour moi, un personnage mis en avant doit faire preuve de force mentale et montrer l’exemple. Il ne se laisse pas abattre et se bat jusqu’au bout. Quand bien même il se trouve un jour vulnérable, mis à mal émotionnellement, il intériorisera, aura un passage à vide, mais n’en sortira que plus fort et déterminé à faire quelque chose de sa vie, à venir à bout de peu importe la problématique de votre histoire. La mort de votre personnage ne doit pas être causée par une faiblesse mentale.

Évitez les scènes larmoyantes, les « Oh mon dieu, j’ai tué Will » pendant tout le reste de votre histoire. Merci Tris pour cette illumination grotesque. Tris de Divergente, une autre martyr dépressive. Au moins, Suzanne Collins a su garder son personnage principal en vie. Certes, Katniss finit dans un sale état, candidate prioritaire à la dépression aggravée et une guérison semble très peu probable, mais elle est en vie. Et elle sourit. Bon, je ne suis pas fan de la fin hautement pessimiste, mais elle est vivante.

Très bien, alors comment éviter de créer un martyr indésiré ? C’est tout simple ! Votre personnage doit assumer ses actes. Il doit être objectif et réaliste, terre à terre et pragmatique. Il doit être capable au mieux d’y trouver un moteur, au pire de tout compartimenter afin de se protéger. Sa mort ne doit pas être le signe d’une faiblesse ou d’une rédemption, encore que le message soit fort. Mais sa mort doit rester cohérente et un lecteur intelligent sentira lorsque vous le mènerez en bateau. Vous ne voulez pas vous contenter de le téléguider vers les larmes, vous cherchez à lui dire quelque chose. Et lui dire :

« Ouin, t’as vu on a mal parlé au héros, on a loupé quelque chose, j’avais mes propres problèmes à gérer, je n’ai pas attention à elle, je suis désolé il va mourir, ouin. »

Non.

-.-‘ 

Prenez votre histoire en main. Ne vous épanchez pas, soyez intelligent.

Règle NUMÉRO CINQ

Les quotas causeront votre perte.

PAR TOUS LES SAINTS QUI EXISTENT EN CE MONDE, NE TUEZ PAS SYSTÉMATIQUEMENT VOS MINORITÉS !

« Ici, j’vais mettre un black. Il mourra le premier parce qu’il est kro fort et baraqué, mais il a rien dans la tête ! Chair à canon ! »

« Ah et là, un asiatique qui sera kro fort aux jeux vidéos et qui tapera kro vite au clavier. Il va mourir parce que sans lui, le héros sera dans la merde ! »

« Et ici. Une petite indienne. Kro belle. Tout le monde y pleurera ! »

STOP AUX IDÉES REÇUES !

Minho dans THE MAZE RUNNER 2015

Mélangez les genres. Sortez-vous les séries de la tête et pensez par vous-même. Trouvez l’originalité qui fera le choc. Dans la saga « The Maze Runner » de James Dashner, Minho manque d’y passer à chaque fois. Mais. Il résiste, ce qui fait de lui un des personnages les plus emblématique du genre. Bon, certes, le premier personnage important de l’histoire à mourir est un noir. Un leader, toussa… Le second est caucasien, le troisième aussi. Le quatrième est indien. Bon, on va pas tous les passer en revue, parfois, ce n’est pas un cliché que vous avez créé, c’est votre histoire qui est comme ça, point barre.

Et à contrario, ne prenez pas l’extrême opposé.

« Là, j’vais mettre un couple de lesbiennes. Et là, des gays. Ouais, parce que je suis trop un activiste ! Et puis, après je vais les tuer. Du moins, un seul. L’autre doit survivre pour les quotas ! »

Par tous les dieux ! Si votre personnage est gay, c’est qu’il EST gay, c’est qu’en vous-même, dans vos tripes, dans votre coeur, il EST gay. Ne le tuez pas pour ça. Et pire encore, ne le placez pas là juste parce que ça fait bien d’avoir des minorités, ça fait bonne pub ! N’en faites pas non plus un martyr à cause de ça, voir règle numéro quatre ! Et si l’un des deux doit mourrir, alors il tombera. Pas parce qu’il est gay, mais parce que c’est votre histoire qui le demande ! Ne faites pas passer la particularité d’un de vos personnages pour une raison de mourir. Son esprit, son caractère et ce qui fait qu’il est un être humain doit être mis en avant par rapport à ses préférences sexuelles et à ses origines génétiques ! Ne gardez pas non plus votre asiatique bicoz ça fait pas bien de tuer une minorité.

Alors quoi, bon sang, qu’est-ce que tu racontes ? Je dois tuer mais pas tuer, je fais quoi à la fin ?!

Suis ton instinct, petit auteur-padawan. Celui qui doit mourir… Mourra. Ne fais confiance qu’à ton instinct. 

Insertion d’une image mignonne afin de dédramatiser le sujet. Ici, Bébé Dory du Monde de Dory, Disney 2016

Tout ça est assez déprimant, mais la mort ne doit pas être traitée avec légèreté. Elle doit signifier quelque chose, elle doit venir du plus profond de votre âme. Avant de représenter quelque chose pour votre lecteur, elle doit représenter quelque chose pour vous. Intimement. Une fois encore, le lecteur est sensible, il le sentira. Très souvent, la mort d’un personnage est un hommage à quelqu’un, ou quelque chose. Votre mort doit inspirer, pas déprimer.

N’ayez pas peur de défrayer la chronique en tuant votre personnage principal car un lecteur pensera toujours – ou le plus souvent – que vous ne serez jamais capable de tuer un héros. Mais en vérité, vous l’êtes. Vous êtes juste manipulé par votre lecteur et ce qu’il attend de vous. Mais ce qu’il attend, ce n’est pas que vous rentriez dans les cases, que vous suiviez le rang. Il attend de vous que vous vous démarquiez et que vous le surpreniez. Alors, donnez-lui ce qu’il veut. Soyez authentique, soyez vous-même. Soyez franc, honnête et humble.

Vos personnages sont réels grâce à vous.

Chaque mort compte.

Ps : Vous n’êtes pas obligé de tuer un personnage. Vous pouvez tout simplement le mettre à la retraite !

Qu'est-ce qu'une bonne fin ?


Qu’il s’agisse d’un film, d’une série ou même d’un livre, il existe une question que chaque auteur devrait se poser avant toute chose : Quelle sera la fin ?

Comment bien terminer un roman ? Qu’est-ce qu’une bonne fin ?

J.K. Rowling a écrit Harry Potter en démarrant avec une seule idée en tête : sa fin. Tout le reste a fait partie du processus de comment y arriver. Mais comment savoir si cette fin est la bonne, si elle sera efficace ? Si vous écrivez une série et que vous ignorez son sort au-delà de la première saison, la question est d’autant plus importante. De nos jours, les lois des médias et du commerces n’ont d’égales que celles d’un fast-food. Ça doit se manger vite et ne pas donner envie de tout rendre dans l’heure qui suit. Mais surtout, si ça peut avoir un arrière-goût d’y-reviens-y, c’est encore mieux.
Je n’ose même pas imaginer à quel point ça doit tournoyer dans la têtes des scénaristes de Game of Thrones. On ne peut pas leur enlever le fait qu’ils savent terminer un épisode, autant que leurs saisons. On appelle ça un Cliffhanger. Le plus intéressant et ouvert il est, le plus efficace il sera. Comment ses règles peuvent-elles s’appliquer à un roman ?
Ce sont les mêmes.
Vous écrivez un livre, un « stand-alone », la question ne se pose pas forcément car vous avez votre idée de fin, vous avez tout prévu depuis longtemps, un seul tome vous suffit, et vous passez au suivant. Qu’en est-il des serial-writers qui ont la vocation d’écrire des sagas (mot emprunté au Moyen-Âge scandinave), des duologies (deux tomes seulement comme les Piliers de la Terre) des trilogies (trois tomes comme The Hunger Games), des quadrilogies (quatre tomes comme U4), ou même plus (voir Harry Potter, Numéro Quatre, L’Épée de Vérité) ?

Le Stand-Alone

Vous avez votre idée, vous n’en démordrez pas, c’est comme ça, pas autrement. Vous avez l’idée pour un seul et unique livre. Celui de votre vie. Celui qui déterminera l’auteur que vous êtes ou bien le confirmera. Comment finir un livre comme celui-ci ? Bien ou mal n’est pas la véritable question, cela ne nous intéresse pas ici.
Pourquoi ?
Parce que parfois, terminer un livre sur une note très sombre a beaucoup plus d’impact que sur un happy end censé « contenter le lecteur ». Certes, vous voulez faire plaisir et réunir vos deux tourtereaux à la fin, mais vous ne préfèreriez pas quelque chose de plus original ? Votre fin doit être ce dont on se souviendra à jamais. Elle est la note finale, ce qui laissera l’arrière-goût dans la tête du lecteur. Autant pas se planter, pas vrai ?

Roman épistolaire « Lettres de l’intérieur » de John Marsden aux éditions Médium

Exemple : « Lettres de l’intérieur » de John Marsden. Le roman épistolaire raconte l’histoire de deux jeunes adolescentes que tout oppose. L’une vit une vie particulièrement banale avec son frère et ses parents, l’autre est dans une prison pour mineur pour un crime dont le lecteur ne saura jamais rien car ce n’est pas le but de l’histoire. Il s’agit d’une rédemption ou comment une vie peut en sauver une autre par la simple force des mots. Peu importe les kilomètres qui les séparaient. Les dernières pages sont une suite de lettres de la rebelle à la banale car cette dernière n’écrit plus ni ne répond. Celle-ci aurait même laissé entendre avoir des problèmes au cours de ses dernières missives. Alors ? Que lui est-il arrivé ? Nous ne saurons jamais et l’auteur ne s’est jamais exprimé à ce sujet. La fin est laissée à la totale suggestion du lecteur, à vous d’imaginer la fin, même si ce n’est pas exactement celle que l’auteur avait en tête. Est-ce une bonne fin ? Oui dans le sens où elle force le lecteur à réfléchir en faisant appel à son imagination. Non car elle demeure ouverte et n’obtiendra jamais de clôture. Ce dont tout être humain a besoin pour passer à autre chose. Il n’y a qu’à voir la fin de LOST. Vous en avez pensé quoi, vous ? Des années après, je sais toujours pas. Mais ça fait réfléchir.


La Saga

Il existe deux fins aux sagas. L’entre-deux-tomes et le Finale (mot masculin emprunté à la langue italienne pour désigner la fin ultime d’une performance)
L’entre-deux-tomes doit absolument et obligatoirement se terminer par un cliffhanger. Vous devez, quoiqu’il arrive, donner envie au lecteur de lire la suite, le rendre impatient. Prenez donc en compte, dans votre fin, de donner le ton de la suite autant au niveau moral que dans les péripéties. Parfois, il peut être intéressant, même de faire redescendre le lecteur sur terre en terminant sur une scène plutôt calme, lui faisant croire à un happy-end et de jouer avec lui dans un ascenseur émotionnel auquel il ne serait jamais attendu. Vos derniers mots doivent faire l’effet d’une bombe. Votre lecteur doit sentir son coeur se soulever. Pour ce faire, veillez à placer de discrets indices tout au long de votre histoire. Ces derniers mots lèveront le voile sur chacun d’entre eux comme une évidence. Non seulement l’impact sera fort, mais en prime, votre lecteur comprendra que vous maîtrisez parfaitement votre sujet et sera donc d’autant plus enclin à y revenir. Si votre histoire coule de source depuis la première page, vous passerez vite aux oubliettes.

Saga « Numéro Quatre » de Pittacus Lore, aux éditions J’ai Lu (2012-2017)

Exemple : « Le Destin de Dix » de Pittacus Lore. Les derniers mots indiquent la mort d’un personnage. une mort brutale, survenue en l’espace de quelques lignes, à laquelle on pouvait ne pas s’attendre. En seulement quelques mots, c’est toute la psychologie du héros – en temps de guerre – qui est marquée par un énorme point d’interrogation. Que va-t-il faire ? Comment va-t-il réagir ? Il y a les questions que va se poser le lecteur, mais il y a aussi l’annonce du tome suivant. En quelques mots, l’auteur donne un aperçu de ce qui se passera dans la suite, le tout renforcé par l’étude psychologique du personnage principal. Autrement dit : ça va être la guerre. Ça va bastonner. Va y avoir du sang, de la chique et du molar. Dans le cas d’une saga d’action et d’aventure, c’est tout ce qu’attend le lecteur.
Comme je le disais, les derniers mots d’une saga, le grand Finale doivent marquer le lecteur pour toujours. C’est la conclusion qu’il attend depuis des années, mais qu’il a toujours eu peur de voir venir. Les personnages d’une saga font facilement partie intégrante de la vie d’un lecteur. Aussi, il s’est imaginé ses propres histoires les mettant en scène et depuis, il a eu le temps d’imaginer la fin, celle qu’il veut lire, et à la fois, il est curieux de ce que l’auteur a imaginé. Parfois, la fin est une déception pour le lecteur et donne court à de nombreuses fan-fictions (Harry Potter, Hunger Games…). Le lecteur est un oiseau observateur, relativement intelligent qui ne demande qu’à être surpris. Vous n’avez pas le droit à l’erreur si vous voulez réussir et marquer le coup. Pour autant, gardez à l’esprit que votre fin ne sera jamais parfaite aux yeux de son lecteur, car il préfèrera toujours autre chose.
Exemple : « Tous pour Un » de Pittacus Lore. Malgré une fin mi-figue mi-raisin entre le happy-end et la dépression assurée, les derniers mots restent d’une forte puissance : « J’en ai fini avec les numéros. » Pour quelqu’un qui s’appelle Numéro Quatre, c’est une conclusion parfaite. Une conclusion, tout court qui n’appelle pas de suite. On imagine ce qu’il adviendra des personnages, bien que l’issue de certains soit particulièrement incertaine, mais en ce qui concerne le personnage principal, la fin est là. C’en est fini pour lui.


Le « Surprise du Chef »

Parfois, un livre a tant de succès (autant qu’un film ou une série), qu’il connaît une suite qui n’était pas prévue (comme Pirates des Caraïbes ou The Last of Us. Oui les jeux vidéos comptent aussi dans le processus d’écriture). C’est aussi possible pour un livre. Vous pensiez que c’était fini, et puis un jour, vous avez une révélation et replongez. Ça, ou les fans vous en demandent plus… Toujours plus. Il ne tient qu’à vous de décider. N’ayez jamais peur de « continuer ». Ne vous freinez pas. Si vous avez quelque chose à raconter, faites-le. C’est tout.


Un lecteur vit à travers vos personnages, mais aussi à travers vous. Vos mots, toutes les péripéties, l’auront transporté pendant de nombreuses pages, à travers de nombreux lieux du plus banal au plus insolite. Ne dit-on pas qu’il ne faut jamais interrompre un lecteur qui lit ? Vous avez créé tout un univers pendant un temps assez long. Votre fin sera la conclusion d’une ère, un retour violent à la réalité. Si je n’ai qu’un seul conseil à vous donner après tout ça :
Ne bâclez pas votre fin. Votre lecteur le saura. Il sent ces choses.
Mais quoiqu’il arrive, n’écrivez pas totalement en fonction du lecteur, ne perdez jamais de vue qu’il s’agit de votre histoire et que vous en connaissez l’issue depuis le début (ce que je vous conseille fortement pour ne pas perdre le fil. Une fin peut changer, évoluer, au cours de vos écrits, mais elle doit être toujours dans votre tête, d’une manière ou d’une autre). Ce sont vos personnages, votre fin est la seule issue possible qui existe.

Chaque mot compte.

PS : Tout ça marche autant pour un projet d’écriture, peu importe lequel, comme pour un mail, une lettre de motivation, un article de blog ou même un statut Facebook.

Qu’est-ce qu’une bonne fin ?

Qu’il s’agisse d’un film, d’une série ou même d’un livre, il existe une question que chaque auteur devrait se poser avant toute chose : Quelle sera la fin ?

Comment bien terminer un roman ? Qu’est-ce qu’une bonne fin ?

J.K. Rowling a écrit Harry Potter en démarrant avec une seule idée en tête : sa fin. Tout le reste a fait partie du processus de comment y arriver. Mais comment savoir si cette fin est la bonne, si elle sera efficace ? Si vous écrivez une série et que vous ignorez son sort au-delà de la première saison, la question est d’autant plus importante. De nos jours, les lois des médias et du commerces n’ont d’égales que celles d’un fast-food. Ça doit se manger vite et ne pas donner envie de tout rendre dans l’heure qui suit. Mais surtout, si ça peut avoir un arrière-goût d’y-reviens-y, c’est encore mieux.

Je n’ose même pas imaginer à quel point ça doit tournoyer dans la têtes des scénaristes de Game of Thrones. On ne peut pas leur enlever le fait qu’ils savent terminer un épisode, autant que leurs saisons. On appelle ça un Cliffhanger. Le plus intéressant et ouvert il est, le plus efficace il sera. Comment ses règles peuvent-elles s’appliquer à un roman ?

Ce sont les mêmes.

Vous écrivez un livre, un « stand-alone », la question ne se pose pas forcément car vous avez votre idée de fin, vous avez tout prévu depuis longtemps, un seul tome vous suffit, et vous passez au suivant. Qu’en est-il des serial-writers qui ont la vocation d’écrire des sagas (mot emprunté au Moyen-Âge scandinave), des duologies (deux tomes seulement comme les Piliers de la Terre) des trilogies (trois tomes comme The Hunger Games), des quadrilogies (quatre tomes comme U4), ou même plus (voir Harry Potter, Numéro Quatre, L’Épée de Vérité) ?

Le Stand-Alone

Vous avez votre idée, vous n’en démordrez pas, c’est comme ça, pas autrement. Vous avez l’idée pour un seul et unique livre. Celui de votre vie. Celui qui déterminera l’auteur que vous êtes ou bien le confirmera. Comment finir un livre comme celui-ci ? Bien ou mal n’est pas la véritable question, cela ne nous intéresse pas ici.

Pourquoi ?

Parce que parfois, terminer un livre sur une note très sombre a beaucoup plus d’impact que sur un happy end censé « contenter le lecteur ». Certes, vous voulez faire plaisir et réunir vos deux tourtereaux à la fin, mais vous ne préfèreriez pas quelque chose de plus original ? Votre fin doit être ce dont on se souviendra à jamais. Elle est la note finale, ce qui laissera l’arrière-goût dans la tête du lecteur. Autant pas se planter, pas vrai ?

Roman épistolaire « Lettres de l’intérieur » de John Marsden aux éditions Médium

Exemple : « Lettres de l’intérieur » de John Marsden. Le roman épistolaire raconte l’histoire de deux jeunes adolescentes que tout oppose. L’une vit une vie particulièrement banale avec son frère et ses parents, l’autre est dans une prison pour mineur pour un crime dont le lecteur ne saura jamais rien car ce n’est pas le but de l’histoire. Il s’agit d’une rédemption ou comment une vie peut en sauver une autre par la simple force des mots. Peu importe les kilomètres qui les séparaient. Les dernières pages sont une suite de lettres de la rebelle à la banale car cette dernière n’écrit plus ni ne répond. Celle-ci aurait même laissé entendre avoir des problèmes au cours de ses dernières missives. Alors ? Que lui est-il arrivé ? Nous ne saurons jamais et l’auteur ne s’est jamais exprimé à ce sujet. La fin est laissée à la totale suggestion du lecteur, à vous d’imaginer la fin, même si ce n’est pas exactement celle que l’auteur avait en tête. Est-ce une bonne fin ? Oui dans le sens où elle force le lecteur à réfléchir en faisant appel à son imagination. Non car elle demeure ouverte et n’obtiendra jamais de clôture. Ce dont tout être humain a besoin pour passer à autre chose. Il n’y a qu’à voir la fin de LOST. Vous en avez pensé quoi, vous ? Des années après, je sais toujours pas. Mais ça fait réfléchir.


La Saga

Il existe deux fins aux sagas. L’entre-deux-tomes et le Finale (mot masculin emprunté à la langue italienne pour désigner la fin ultime d’une performance)

L’entre-deux-tomes doit absolument et obligatoirement se terminer par un cliffhanger. Vous devez, quoiqu’il arrive, donner envie au lecteur de lire la suite, le rendre impatient. Prenez donc en compte, dans votre fin, de donner le ton de la suite autant au niveau moral que dans les péripéties. Parfois, il peut être intéressant, même de faire redescendre le lecteur sur terre en terminant sur une scène plutôt calme, lui faisant croire à un happy-end et de jouer avec lui dans un ascenseur émotionnel auquel il ne serait jamais attendu. Vos derniers mots doivent faire l’effet d’une bombe. Votre lecteur doit sentir son coeur se soulever. Pour ce faire, veillez à placer de discrets indices tout au long de votre histoire. Ces derniers mots lèveront le voile sur chacun d’entre eux comme une évidence. Non seulement l’impact sera fort, mais en prime, votre lecteur comprendra que vous maîtrisez parfaitement votre sujet et sera donc d’autant plus enclin à y revenir. Si votre histoire coule de source depuis la première page, vous passerez vite aux oubliettes.

Saga « Numéro Quatre » de Pittacus Lore, aux éditions J’ai Lu (2012-2017)

Exemple : « Le Destin de Dix » de Pittacus Lore. Les derniers mots indiquent la mort d’un personnage. une mort brutale, survenue en l’espace de quelques lignes, à laquelle on pouvait ne pas s’attendre. En seulement quelques mots, c’est toute la psychologie du héros – en temps de guerre – qui est marquée par un énorme point d’interrogation. Que va-t-il faire ? Comment va-t-il réagir ? Il y a les questions que va se poser le lecteur, mais il y a aussi l’annonce du tome suivant. En quelques mots, l’auteur donne un aperçu de ce qui se passera dans la suite, le tout renforcé par l’étude psychologique du personnage principal. Autrement dit : ça va être la guerre. Ça va bastonner. Va y avoir du sang, de la chique et du molar. Dans le cas d’une saga d’action et d’aventure, c’est tout ce qu’attend le lecteur.

Comme je le disais, les derniers mots d’une saga, le grand Finale doivent marquer le lecteur pour toujours. C’est la conclusion qu’il attend depuis des années, mais qu’il a toujours eu peur de voir venir. Les personnages d’une saga font facilement partie intégrante de la vie d’un lecteur. Aussi, il s’est imaginé ses propres histoires les mettant en scène et depuis, il a eu le temps d’imaginer la fin, celle qu’il veut lire, et à la fois, il est curieux de ce que l’auteur a imaginé. Parfois, la fin est une déception pour le lecteur et donne court à de nombreuses fan-fictions (Harry Potter, Hunger Games…). Le lecteur est un oiseau observateur, relativement intelligent qui ne demande qu’à être surpris. Vous n’avez pas le droit à l’erreur si vous voulez réussir et marquer le coup. Pour autant, gardez à l’esprit que votre fin ne sera jamais parfaite aux yeux de son lecteur, car il préfèrera toujours autre chose.

Exemple : « Tous pour Un » de Pittacus Lore. Malgré une fin mi-figue mi-raisin entre le happy-end et la dépression assurée, les derniers mots restent d’une forte puissance : « J’en ai fini avec les numéros. » Pour quelqu’un qui s’appelle Numéro Quatre, c’est une conclusion parfaite. Une conclusion, tout court qui n’appelle pas de suite. On imagine ce qu’il adviendra des personnages, bien que l’issue de certains soit particulièrement incertaine, mais en ce qui concerne le personnage principal, la fin est là. C’en est fini pour lui.


Le « Surprise du Chef »

Parfois, un livre a tant de succès (autant qu’un film ou une série), qu’il connaît une suite qui n’était pas prévue (comme Pirates des Caraïbes ou The Last of Us. Oui les jeux vidéos comptent aussi dans le processus d’écriture). C’est aussi possible pour un livre. Vous pensiez que c’était fini, et puis un jour, vous avez une révélation et replongez. Ça, ou les fans vous en demandent plus… Toujours plus. Il ne tient qu’à vous de décider. N’ayez jamais peur de « continuer ». Ne vous freinez pas. Si vous avez quelque chose à raconter, faites-le. C’est tout.


Un lecteur vit à travers vos personnages, mais aussi à travers vous. Vos mots, toutes les péripéties, l’auront transporté pendant de nombreuses pages, à travers de nombreux lieux du plus banal au plus insolite. Ne dit-on pas qu’il ne faut jamais interrompre un lecteur qui lit ? Vous avez créé tout un univers pendant un temps assez long. Votre fin sera la conclusion d’une ère, un retour violent à la réalité. Si je n’ai qu’un seul conseil à vous donner après tout ça :

Ne bâclez pas votre fin. Votre lecteur le saura. Il sent ces choses.

Mais quoiqu’il arrive, n’écrivez pas totalement en fonction du lecteur, ne perdez jamais de vue qu’il s’agit de votre histoire et que vous en connaissez l’issue depuis le début (ce que je vous conseille fortement pour ne pas perdre le fil. Une fin peut changer, évoluer, au cours de vos écrits, mais elle doit être toujours dans votre tête, d’une manière ou d’une autre). Ce sont vos personnages, votre fin est la seule issue possible qui existe.

Chaque mot compte.

PS : Tout ça marche autant pour un projet d’écriture, peu importe lequel, comme pour un mail, une lettre de motivation, un article de blog ou même un statut Facebook.